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L'Amour

Publié le 21/10/2018 à 23:20 par boumeshouli Tags : vie sur homme amour travail nature fille femmes soi pouvoir aimer pensée éléments
L'Amour

Fragments d'une philosophie de l'amour (1907)

Georg Simmel

Traduit de l'allemand par Henri Plard

 

  1. Dans l'amour d'une jeune fille qui a déjà fait l'expérience des désirs et des rêveries érotiques, il est relativement facile pour l'homme de se maintenir, dans ses rapports avec elle, sur un piédestal, de lui apparaître durablement digne d'amour. Car l'idéal dont elle a rêvé précédemment peut être aussi sublime qu'on le voudra et supérieur à toute expérience ~ la réalité, en tant que telle, a, comparée à lui, une force sans égale, la supériorité de ses trois dimensions sur l'ombre. Ici, l'homme n'est en quelque sorte, nullement obligé de coïncider avec tes contours, tracés d'avance, de cet idéal : il i pour atout, contre celui-ci, une valeur toute nouvelle et incomparable. Mais il en va tout autrement et d'une manière bien plus dangereuse pour lui, quand la jeune fille n'obtient que par l'intermédiaire de l'amour qu'elle lui porte son contact avec le domaine de l'érotisme, quand un désir vague et général et un fantasme idéal ne l'ont pas précédé, mais qu'au contraire il se trouve incarner à la fois, pour ainsi dire, le général et le particulier, l'idéal et la réalité de son érotisme. Car, dans ce cas, ce qui croît plus haut que lui, ce n'est pas cet idéal grandi au-delà de lui-même et dont il triomphe facilement mais une vue idéale de sa propre personne, aux exigences de laquelle il ne peut se soustraire. La jeune fille voit en lui et exige de lui ce qu'il a de plus haut dans sa nature personnelle; il a désormais signé lui-même la traite qu'elle lui présente; k valeur suprême, seul objet, maintenant, de ses aspirations, est née du sol de son être à lui; sa réalité n'a ph» cette prépondérance triomphale sur un idéal qui ne serait que rêvé, mais est jaugée selon le critère d'un être qui est lui-même, précisément, l'idéal de cette réalité.
  2. Quand on conclut n'importe quelle affaire, l'avantage appartient de prime abord à celui qui tient moins que son partenaire à la voir se conclure. Cette situation se reproduit, très paradoxalement, dans l'amour. En tout rapport amoureux, celui qui aime le moins domine; il peut, pour ainsi dire, poser ses conditions, l'autre lui est livré sans défense; car la servitude psychique de l'amour entrave ce dernier, l'empêche de percevoir ses avantages, ou, s'il en prend conscience, de les exploiter. Dans le mariage, toutes choses égales d'ailleurs, celui qui domine, c'est celui qui met en jeu une moindre quantité de sentiment Et comme dans le mariage, comme dans les liaisons amoureuses, c'est le plus souvent l'homme qui en profite, il me semble qu'il y a là une explication essentielle de la prépondérance générale des hommes sur les femmes. Or, il se pourrait que ce rapport ne fût pas tout à fait contraire à l'équité. Car, dans le rapport amoureux, celui qui aime le plus profondément jouit d'un bonheur tellement plus profond qu'à tout prendre, il est normal que l'autre garde en compensation sa supériorité de prééminence, et tout ce qui, pour ainsi dire, se situe à la périphérie de ce rapport.
  3. Dans toutes les choses que peut faire un être humain, des plus nobles aux plus viles, des plus sages aux plus niaises, il n'est rien qui ne puisse avoir lieu pour l'amour d'un autre - avec une seule exception : pour ce qui est de l'aimer, il ne peut le faire par amour de lui! On célèbre en l'amour la racine de tout altruisme humain. Soit : il se peut qu'il en soit la racine - mais jamais il ne pourra en être le fruit. Jamais je ne pourrai aimer un être humain par amour pour lui - car s'il en était ainsi, il faudrait que je l'eusse déjà aimé avant de l'aimer! Si je t'aime, il est possible que cet amour purifie mon âme de tout égoïsme 88 dans mon rapport à toi; mais t'aimer, je ne puis le faire déjà par amour de toi. Ou bien cette origine égoïste de l'amour - et il est inévitable qu'il naisse, et lui seul, de l'égoïsme, sans quoi la pensée tournerait en rond et ferait de l'effet la cause -, cette origine de l'amour ne doit-elle pas aussi communiquer même à ses effets et à ses fruits, un quelque chose de cette sève originelle, puisque sa racine, qu'on le veuille ou non, est inévitablement l'égoïsme?
  4. A bien des égards, les nécessités de la vie sociale, qui IV sont peut-être encore indispensables de nos jours, produisent la croyance à des harmonies et à des solidarités absolues dans ce domaine, alors que l'évolution réelle des mœurs commence déjà à en dissocier et à rendre autonomes les éléments. En cela, c'est surtout contre la monogamie que l'évolution exerce une critique fondée sur les faits. Quand deux êtres humains s'aiment de toute la profondeur parfaite et sincère de leur être, par-delà toute explosion momentanée d'une flambée sensuelle et par-delà toute illusion sur son propre compte et celui de l'autre - il semble aller de soi que le mariage conclu pour une vie entière est l'expression appropriée à leurs rapports psychiques. En réalité, c'est loin d'être toujours le cas. Le mariage exige bien plutôt de l'individu et du rapport intime des deux partenaires une qualité spécifique, qui peut être liée à toutes les réalités d'un amour, de la sympathie, de la complémentarité, qui, peut-être aussi, Vest le plus souvent, mais qui ne l'est certes pas nécessairement, et qui, sans aucun doute, n'intervient jamais, dans bien des cas où il existe une pleine mesure d'amour et d'harmonie entre des âmes. Car il est totalement faux que la durée d'un sentiment dépende de son intensité; ce n'est souvent qu'une illusion d'optique psychologique, peut-être inévitable, que de croire nç pouvoir exprimer la force et la profondeur d'un sentiment que par son « éternité », ou bien, à l'inverse, de conclure de sa brièveté à une absence de force et d'authenticité. Il y a là un caractère général d'indifférenciation spirituelle, qui associe, comme obligatoirement, l'étendue d'une valeur ou d'un sentiment selon une seule dimension à une égale étendue selon toutes les autres. Faire dépendre la valeur psychique d'un sentiment de sa durée, ce n'est peut-être pas plus juste que de mesurer la valeur esthétique d'un vase à sa fragilité ou à sa résistance aux chocs; sans qu'on puisse contester, bien entendu, que la durée d'un sentiment soit une valeur que le sentiment passager ne saurait contenir. Ce que je voudrais nier, c'est seulement que les valeurs comprises dans celui- ci souffrent, quant à leur profondeur et leur ferveur, leur caractère passionné et leur authenticité, de ce qu'il ne s'y joint pas en outre la qualité de la durée. Aussi, il est tout à fait erroné de conclure que tout amour authentique et véritable doive forcément trouver son expression unique et naturelle dans le mariage. Quelques symptômes donneraient à penser que le processus de différenciation de la culture moderne détachera de plus en plus la qualité qu'est la durée de l'amour de ses autres valeurs, qu'elle accordera à ces dernières une existence propre de plus en plus autonome par rapport à cette autre. S'il en était ainsi, cela constituerait peut-être le mobile le plus profond et le plus intime qu'on puisse invoquer en faveur du remaniement de notre forme actuelle du mariage, et de nouvelles mises en forme dont personne ne peut, pour le moment, deviner, et moins encore prophétiser la nature, pas plus qu'on ne pouvait concevoir, à l'époque du travail servile, dans l'Antiquité, le travail salarié du machinisme. Tout ce qu'on peut affirmer, peut-être, c'est que ce qu'on vante de nos jours sous le nom d'« union libre » ne sera pas cette forme future. Car elle n'a d'autre signification culturelle que celle d'une critique de l'état de choses actuel, et n'exprime que la conscience largement répandue de l'insuffisance de cet état de choses, faisant ainsi de ce simple refus, arbitrairement et de manière tout aussi décevante, un idéal positif, une forme née de l'absence de forme.